Votre enfant de 15 mois dormait enfin ses nuits. Vous pensiez avoir passé le cap difficile. Et puis, sans prévenir, tout bascule : réveils nocturnes à répétition, refus du coucher, siestes sabotées. Le sommeil, cette conquête si précieuse, semble à nouveau vous échapper.
Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul. La régression du sommeil à 15 mois est l’une des plus intenses que traversent les tout-petits. Mais elle est aussi l’une des plus compréhensibles quand on sait ce qui se joue dans le cerveau et le corps de votre enfant à cet âge charnière.
Ce guide vous donne les clés pour comprendre, traverser et surmonter cette période sans perdre pied.
Qu’est-ce que la régression du sommeil à 15 mois ?
La régression du sommeil désigne une période où votre enfant, qui dormait relativement bien, connaît soudainement une dégradation brutale de son sommeil. Cela se manifeste par des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes multiples, des siestes refusées ou écourtées.
Ce qui la distingue à 15 mois : Cette régression coïncide avec un cumul explosif de transformations physiques, cognitives et émotionnelles. Votre enfant n’est plus un bébé, mais pas encore totalement un petit enfant. Cette transition génère une instabilité temporaire qui impacte directement la qualité de son sommeil.
Régression VS trouble du sommeil : faire la différence
Il est essentiel de distinguer une régression passagère d’un véritable trouble du sommeil persistant.
| Critère | Régression du sommeil à 15 mois | Trouble du sommeil |
|---|---|---|
| Apparition | Brutale, sans prévenir | Progressive ou chronique |
| Durée | 2 à 4 semaines en moyenne | Plusieurs mois, voire permanent |
| Contexte | Coïncide avec acquisition de la marche, opposition, poussées dentaires | Problème médical, anxiété chronique, environnement inadapté |
| Évolution | Retour spontané à l’équilibre après quelques semaines | Nécessite intervention professionnelle |
| Attitude | Maintien des routines, patience bienveillante | Consultation médicale indispensable |
Point crucial : Si les troubles persistent au-delà de 6 semaines sans amélioration, consultez un pédiatre. La régression est par définition temporaire.
Les signes qui ne trompent pas : reconnaître la régression à 15 mois
Symptômes typiques observés
Votre enfant présente soudainement plusieurs de ces comportements :
Perturbations nocturnes :
- Réveils multiples (toutes les 2-3 heures) alors qu’il faisait ses nuits
- Pleurs intenses au coucher avec besoin constant de votre présence
- Difficulté à se rendormir seul après un réveil nocturne
- Réveil matinal très précoce (avant 6h) avec impossibilité de se rendormir
Problèmes de siestes :
- Refus catégorique de faire la sieste
- Siestes ultra-courtes (20-30 minutes) non réparatrices
- Bataille épique pour l’endormissement de la sieste
- Transition difficile vers une sieste unique (si pas déjà faite)
Comportement diurne :
- Irritabilité marquée et sautes d’humeur fréquentes
- Fatigue visible (frottement des yeux, bâillements fréquents)
- Hyperactivité paradoxale en fin de journée (sur-stimulation par fatigue)
- Collage intensif avec besoin constant de proximité physique
- Opposition systématique à vos demandes (“Non !” à répétition)
Ce qui change du jour au lendemain
La brutalité de ce basculement surprend toujours les parents. Hier, votre enfant s’endormait paisiblement après son histoire. Ce soir, il pleure dès que vous mentionnez le mot “dodo”. Cette soudaineté fait partie de la régression : elle surgit comme une tempête, sans prévenir.
Durée habituelle : Entre 2 et 4 semaines en moyenne. Certains enfants la traversent en 10 jours, d’autres s’y attardent jusqu’à 6 semaines selon leur tempérament et leur environnement.
Important : La régression des 15 mois est souvent plus intense et plus longue que les précédentes (4, 6, 8-9 ou 12 mois) car elle cumule plusieurs facteurs simultanés.
Pourquoi à 15 mois ? Les causes multiples de cette régression
À 15 mois, votre enfant traverse une période de transformation tous azimuts qui explique ce chaos nocturne.
1. L’acquisition de la marche : une révolution motrice
La plupart des enfants maîtrisent la marche entre 12 et 18 mois. À 15 mois, beaucoup sont en pleine consolidation de cette compétence.
Impact sur le sommeil :
- Le cerveau intègre en boucle cette nouvelle compétence, même la nuit
- Votre enfant peut se lever dans son lit et ne pas savoir comment se recoucher
- L’excitation cognitive générée par cette acquisition empêche l’apaisement mental nécessaire au sommeil
- Les muscles sollicités différemment peuvent générer des micro-douleurs de croissance
Ce que vous observez : Votre enfant se met debout dans son lit en pleine nuit, pleure, ne parvient pas à se rallonger seul et vous appelle en panique.
2. L’explosion du langage : un cerveau en ébullition
Entre 12 et 18 mois, le vocabulaire explose. Votre enfant comprend de plus en plus, tente de communiquer, accumule les mots. Ce foisonnement linguistique monopolise des ressources cérébrales considérables.
Conséquences nocturnes :
- Le cerveau continue de traiter le langage pendant le sommeil
- Les rêves deviennent plus élaborés, parfois perturbants
- L’enfant peut se réveiller en cherchant à communiquer (mots, sons)
- La frustration de ne pas encore tout exprimer génère du stress résiduel
3. La phase d’opposition : l’affirmation de soi
C’est le fameux début des “terrible twos” qui démarrent souvent vers 15-18 mois. Votre enfant découvre qu’il est une personne distincte avec sa propre volonté.
Manifestations au moment du coucher :
- Refus systématique d’aller au lit : “Non !”
- Test des limites : “Et si je refuse ?”
- Besoin d’autonomie contradictoire avec besoin de sécurité
- Négociation sans fin pour retarder le coucher
Le paradoxe : Plus votre enfant est fatigué, plus il s’oppose au sommeil par réflexe de contrôle.
4. La deuxième vague d’angoisse de séparation
Après celle de 8-9 mois, une nouvelle angoisse de séparation émerge vers 15 mois, plus complexe et plus élaborée.
Ce qui se passe dans sa tête :
- Il comprend mieux que vous partez vraiment quand vous quittez la chambre
- Sa mémoire plus développée lui fait anticiper la séparation
- La peur de l’abandon est plus consciente, donc plus angoissante
- Il teste : “Si je pleure assez fort, reviendront-ils ?”
Résultat : Pleurs intenses au coucher, vérifications nocturnes répétées que vous êtes toujours là, réveil panique si vous n’êtes pas visible.
5. Les poussées dentaires : des molaires qui font mal
Entre 13 et 19 mois apparaissent généralement les premières molaires, bien plus douloureuses que les incisives.
Symptômes associés :
- Douleurs intenses, surtout la nuit (position allongée augmente la pression sanguine dans les gencives)
- Hypersalivation et besoin de mordiller
- Irritabilité marquée
- Parfois fièvre légère ou joues rouges
Impact sur le sommeil : La douleur réveille l’enfant en pleine nuit. Même si la molaire a percé, la gencive reste sensible plusieurs jours.
6. La transition vers une sieste unique
Beaucoup d’enfants passent de 2 siestes à 1 sieste entre 15 et 18 mois. Cette transition délicate perturbe temporairement tout l’équilibre du sommeil.
Signes de la transition :
- Refus systématique de la sieste du matin
- Épuisement avant le repas de midi
- Sieste de l’après-midi très longue (3h+) qui décale le coucher
- Difficulté à tenir éveillé jusqu’à l’heure de la sieste unique
Le piège : Maintenir 2 siestes alors que l’enfant n’en a besoin que d’une perturbe les nuits. Mais passer à 1 sieste trop tôt génère une sur-fatigue.
7. Les facteurs environnementaux aggravants
D’autres éléments peuvent s’ajouter à ce cocktail explosif :
- Entrée en crèche ou changement de garde vers 15 mois (stress d’adaptation)
- Retour au travail d’un parent (séparation diurne accrue)
- Déménagement ou voyage (perturbation des repères)
- Arrivée d’un nouvel enfant dans la famille (jalousie, sentiment d’abandon)
- Changement de chambre ou passage au lit de grand
Combien de temps ça dure ? Le point sur la durée
Durée moyenne à 15 mois
Fourchette habituelle : 2 à 4 semaines
Dans le détail :
- Cas légers : 10-15 jours avec maintien d’une routine stable
- Cas moyens : 3-4 semaines avec quelques ajustements nécessaires
- Cas intenses : 5-6 semaines si cumul de facteurs (molaires + marche + opposition + transition sieste)
Quand s’inquiéter ?
Consultez un pédiatre si :
- Les troubles persistent au-delà de 6 semaines sans amélioration
- Votre enfant présente une perte de poids ou un refus alimentaire
- Des symptômes physiques s’ajoutent (fièvre prolongée, douleurs, gêne respiratoire)
- Vous observez une régression dans d’autres domaines (langage, motricité)
- Votre enfant semble apathique ou anormalement hyperactif
- Votre épuisement parental devient ingérable (pensées négatives, incapacité à fonctionner)
Seuil d’alerte : Au-delà de 2 mois sans amélioration, ce n’est plus une régression mais potentiellement un trouble du sommeil nécessitant un accompagnement professionnel.
Solutions concrètes : comment accompagner votre enfant de 15 mois
1. Maintenir la routine coûte que coûte (avec souplesse)
Le principe : Votre enfant a besoin de prévisibilité pour s’apaiser. La routine crée des repères rassurants, surtout quand tout bouge dans sa tête.
Routine du coucher idéale (20-30 minutes) :
- Signal de début (19h-19h30) : “C’est bientôt l’heure du dodo”
- Repas léger si besoin (yaourt, compote)
- Bain tiède apaisant (pas trop chaud, effet contraire)
- Pyjama et couche dans la chambre éclairée doucement
- Lumière tamisée : passage progressif à l’obscurité
- Histoire courte (5-10 min, toujours la même si possible)
- Câlin rituel dans le lit avec doudou
- Phrase magique répétée chaque soir : “Bonne nuit mon amour, je t’aime, fais de beaux rêves, à demain matin”
- Sortie calme de la chambre
Astuce pour l’opposition : Donnez-lui l’illusion du choix : “Tu préfères le pyjama bleu ou rouge ?” “On lit quel livre ce soir ?” Cela réduit le “Non !” systématique.
Erreur à éviter : Modifier la routine chaque soir en espérant trouver LA solution miracle. La constance est votre meilleure alliée.
2. Gérer la transition vers une sieste unique
Comment savoir si c’est le bon moment ?
Votre enfant est probablement prêt si :
- Il refuse systématiquement la sieste du matin
- Il met plus de 30 minutes à s’endormir pour la sieste du matin
- La sieste du matin repousse trop la sieste de l’après-midi
- Il se couche trop tard le soir (après 21h) à cause d’une sieste tardive
Transition en douceur (sur 1-2 semaines) :
Semaine 1 :
- Décalez progressivement la sieste du matin de 15 min/jour
- Objectif : rapprocher les 2 siestes jusqu’à les fusionner
- Avancez l’heure du coucher du soir de 30 min pour compenser
Semaine 2 :
- Proposez 1 sieste unique vers 12h-12h30 après le déjeuner
- Durée idéale : 2h à 2h30
- Réveil au plus tard à 15h pour préserver le coucher du soir
Planning type avec 1 sieste :
- Réveil : 7h
- Déjeuner : 11h30
- Sieste : 12h30-14h30
- Coucher : 19h30-20h
Attention : Les premiers jours, votre enfant sera très fatigué en fin de matinée. Prévoyez des activités calmes.
3. Apaiser l’angoisse de séparation au coucher
Stratégies efficaces :
Pendant la journée :
- Jeux de coucou-caché répétés : “Tu vois, je pars mais je reviens toujours”
- Jeu du “au revoir/bonjour” : quitter la pièce, revenir immédiatement
- Verbalisation : “Maman va travailler, mais ce soir on se retrouve”
- Objet transitionnel : foulard avec votre parfum dans son lit
Au moment du coucher :
- Porte entrouverte avec lumière du couloir visible
- Veilleuse douce qui reste allumée toute la nuit
- Musique apaisante ou bruit blanc (souffle constant)
- Photo des parents visible depuis son lit : “On est toujours là, même quand tu dors”
Réponse aux réveils nocturnes :
- Attendez 1-2 minutes avant d’intervenir (laissez-lui une chance de se rendormir)
- Si pleurs persistants : allez le voir RAPIDEMENT (évite l’escalade)
- Rassurez de votre voix d’abord, sans forcément sortir du lit : “Je suis là, tout va bien, rendors-toi”
- Si nécessaire : main apaisante sur le dos, 2-3 minutes
- Évitez de le sortir systématiquement du lit (sauf exception)
4. Gérer l’apprentissage de la marche et les réveils debout
Pourquoi il se lève la nuit ?
Son cerveau l’incite à pratiquer cette nouvelle compétence, même endormi. Il se met debout par réflexe puis panique car il ne maîtrise pas encore bien la descente.
Solutions pratiques :
En journée :
- Pratiquez intensément : marche, montée/descente d’escaliers, jeux moteurs
- Apprenez-lui à s’asseoir puis se recoucher depuis la position debout (entraînement dans le lit avant la sieste)
- “Épuisez” la batterie motrice avec des sorties au parc, au square
La nuit :
- Sécurisez le lit : gigoteuse adaptée (sans jambes pour éviter qu’il trébuche)
- Si votre enfant appelle debout : guidez-le verbalement : “Assieds-toi, puis allonge-toi”
- Aidez physiquement seulement si panique totale
- Répétez autant de fois que nécessaire avec calme et patience
Astuce : Certains parents installent un matelas au sol temporairement pour éviter les chutes et les paniques nocturnes.
5. Soulager les poussées dentaires
Comment savoir si c’est vraiment les dents ?
- Hypersalivation marquée
- Besoin intense de mordiller
- Joues rouges, parfois fièvre légère (<38,5°C)
- Gencives gonflées et sensibles au toucher
- Irritabilité diurne ET nocturne
Solutions autorisées :
Soulagement diurne :
- Anneaux de dentition réfrigérés (pas congelés)
- Aliments froids à mâcher : bâtonnets de concombre, carotte cuite refroidie
- Massage des gencives avec un doigt propre
- Collier d’ambre (attention : seulement sous surveillance, jamais la nuit)
Soulagement nocturne (après avis pédiatre) :
- Paracétamol adapté au poids si douleur intense
- Gel gingival homéopathique ou à base de camomille (vérifiez les ingrédients)
- Surélever légèrement la tête du lit (coussin sous le matelas, pas dans le lit)
Ce qu’il NE faut PAS faire :
- Gels anesthésiants contenant de la lidocaïne (risque de fausse route)
- Collier d’ambre la nuit (risque d’étranglement)
- Biscuits de dentition sucrés au coucher
6. Gérer l’opposition sans céder sur le cadre
Le paradoxe des 15 mois : Votre enfant teste les limites pour se rassurer que vous restez ferme. Céder = augmenter son anxiété.
Stratégies anti-opposition :
L’illusion du choix :
- “Tu veux aller au lit maintenant ou dans 2 minutes ?” (résultat identique)
- “Quel doudou prends-tu ce soir ?”
- “Tu montes les escaliers tout seul ou dans mes bras ?”
La fermeté bienveillante :
- Validez l’émotion : “Je vois que tu es fâché, tu ne veux pas dormir”
- Maintenez la limite : “Mais c’est l’heure de dormir, on ne négocie pas”
- Accompagnez l’émotion : “Je reste avec toi 2 minutes pour t’apaiser”
Le compte à rebours visuel :
- Utilisez un Time Timer ou une horloge visuelle
- “Quand le rouge disparaît, c’est l’heure du dodo”
- Évite les négociations infinies
La cohérence parentale :
- Les 2 parents doivent tenir le même discours
- Pas de “bon flic / mauvais flic”
- L’enfant ne doit pas pouvoir jouer sur les divergences
7. Ajuster les horaires sans tout bouleverser
Fenêtres d’éveil adaptées à 15 mois :
Avec 1 sieste :
- Réveil → Sieste : 5h à 5h30 d’éveil
- Sieste → Coucher : 4h30 à 5h d’éveil
Signaux de sur-fatigue à surveiller :
- Frottement des yeux, oreilles, nez
- Bâillements répétés
- Regard vague, yeux qui clignent
- Agitation motrice paradoxale (ne tient plus en place)
- Irritabilité soudaine
Ajustements possibles :
Si votre enfant est systématiquement épuisé :
- Avancez le coucher de 15-30 minutes temporairement
- Rallongez légèrement la sieste (réveil à 15h max)
- Réduisez les stimulations en fin de journée (pas d’écrans, jeux calmes)
Si votre enfant n’arrive pas à s’endormir :
- Reculez le coucher de 15 minutes (paradoxe : moins fatigué = s’endort mieux)
- Vérifiez qu’il n’a pas trop dormi en sieste
- Augmentez l’activité physique en fin d’après-midi
8. Créer un environnement de sommeil optimal
Les paramètres à ajuster :
Température : 18-20°C idéalement Obscurité : Chambre très sombre (rideaux occultants) sauf veilleuse douce Humidité : 40-60% (humidificateur si air sec) Bruit : Chambre calme ou bruit blanc pour masquer bruits parasites Sécurité : Lit adapté, barrières si nécessaire, aucun objet dangereux
Gigoteuse adaptée :
- Taille adaptée à sa morphologie
- Matière respirante (coton, bambou)
- TOG adapté à la saison et température de la chambre
- Sans jambes si votre enfant se lève (évite de trébucher)
Doudou et objets transitionnels :
- UN doudou principal (pas 15) pour faciliter le lien
- Doudou identique en double (roulez-les ensemble pour qu’ils aient la même odeur)
- Livre de photos “famille” à feuilleter avant dodo
- Boîte à musique apaisante qui s’éteint seule
Les erreurs fatales à éviter absolument
❌ Changer de stratégie tous les soirs
L’erreur : Tester une méthode différente chaque soir (ce soir on fait du cododo, demain on le laisse pleurer, après-demain on reste dans la chambre…).
Pourquoi c’est contre-productif : Le cerveau de votre enfant a besoin de prédictibilité pour s’apaiser. Les changements constants augmentent son anxiété.
La bonne approche : Choisissez UNE approche cohérente avec vos valeurs, maintenez-la minimum 1 semaine avant d’évaluer.
❌ Créer de nouvelles associations problématiques
L’erreur : Introduire de nouvelles béquilles d’endormissement par épuisement (rallumer la lumière, dormir avec lui, biberon de lait nocturne à nouveau, écran pour le calmer).
Pourquoi c’est un piège : Ces solutions d’urgence deviennent rapidement des conditionnements dont il sera très difficile de se défaire après la régression.
La bonne approche : Si vous cédez une nuit, ne répétez pas le lendemain. Expliquez : “Hier c’était exceptionnel, ce soir on refait comme d’habitude”.
❌ Supprimer brutalement la sieste
L’erreur : Se dire “il ne veut plus faire de sieste, on arrête” alors qu’il est manifestement épuisé.
Pourquoi c’est destructeur : Un enfant de 15 mois sur-fatigué dort encore plus mal la nuit. C’est un cercle vicieux.
La bonne approche : Maintenez un temps calme obligatoire de 1h dans sa chambre même s’il ne dort pas. Souvent, l’apaisement vient après 20-30 minutes.
❌ Comparer avec d’autres enfants
L’erreur : “Le fils de ma copine dort 12h d’affilée à 15 mois, pourquoi pas le mien ?”
Pourquoi c’est toxique : Chaque enfant a son tempérament unique, son histoire, sa sensibilité. La comparaison génère culpabilité et stress inutiles.
La bonne approche : Concentrez-vous sur VOTRE enfant, ses progrès, ses particularités. Acceptez que son rythme soit différent.
❌ S’épuiser en cherchant la perfection
L’erreur : Vouloir appliquer à la lettre toutes les méthodes lues, culpabiliser au moindre écart.
Pourquoi c’est contre-productif : Un parent épuisé et stressé transmet sa tension à l’enfant. L’apaisement devient impossible.
La bonne approche : Faites de votre mieux, pas le mieux parfait. Acceptez les nuits imparfaites. Votre présence bienveillante vaut mieux qu’une méthode parfaite appliquée avec tension.
❌ Ignorer les signaux de détresse
L’erreur : Laisser pleurer sans fin en se disant “c’est une régression, ça va passer”.
Pourquoi c’est dangereux : Certains pleurs indiquent une douleur réelle (dents), une peur intense ou un besoin impérieux. Les ignorer renforce l’insécurité.
La bonne approche : Répondez rapidement pour évaluer la situation. Rassurez si nécessaire. Mais évitez de céder sur le cadre (pas de sortie du lit systématique).
Quand consulter un professionnel ?
Signaux d’alerte nécessitant un avis médical rapide
Consultez sous 48-72h si :
- Fièvre persistante (>38,5°C pendant plus de 3 jours)
- Perte de poids ou stagnation pondérale
- Refus alimentaire marqué et durable
- Apnées du sommeil observées (pauses respiratoires)
- Pleurs inconsolables malgré tous vos efforts
- Léthargie importante en journée (somnolence anormale)
- Vomissements ou diarrhée associés
Quand consulter pour le sommeil lui-même ?
Prenez rendez-vous si :
- Les troubles persistent au-delà de 6 semaines sans amélioration
- Vous observez une régression dans d’autres domaines (langage, motricité, socialisation)
- Votre enfant semble anxieux en permanence, même en journée
- Votre épuisement parental devient dangereux (pensées négatives, incapacité à fonctionner, tensions de couple majeures)
- Vous avez tout essayé et rien ne fonctionne
Professionnels à contacter
En première intention :
- Pédiatre ou médecin traitant : évaluation médicale globale
- PMI (Protection Maternelle Infantile) : consultations gratuites, soutien parental
En seconde intention :
- Consultante en sommeil certifiée : accompagnement personnalisé sur 2-4 semaines
- Psychologue spécialisé petite enfance : si anxiété marquée
- Psychomotricien : si retard moteur ou difficultés de régulation
Ressources spécialisées :
- Consultations sommeil dans certains hôpitaux pédiatriques
- Réseaux de soutien parental type “Allô Parents Bébé” (0 800 00 3456, gratuit et anonyme)
Témoignages : ils ont survécu à la régression des 15 mois
Témoignage 1 : Lucie, maman de Théo
“À 15 mois pile, Théo s’est mis à hurler chaque soir au coucher. Il se levait dans son lit 10 fois par nuit, ne savait pas se recoucher. Je craquais. On a fini par mettre son matelas au sol temporairement. En journée, on pratiquait ‘assis-couché’ comme un jeu. Au bout de 3 semaines intenses, tout est rentré dans l’ordre. Aujourd’hui à 18 mois, il dort 11h d’affilée.”
Témoignage 2 : Marc et Sophie, parents de Léna
“Léna faisait 2 siestes, puis d’un coup refusait celle du matin. Mais elle était épuisée à 11h. On a fait la transition progressivement : décalage de 15 min/jour pendant 10 jours. Le déclic : avancer le coucher du soir à 19h au lieu de 20h. Elle avait juste besoin de plus de sommeil nocturne. Ça a pris 2 semaines pour stabiliser.”
Témoignage 3 : Émilie, maman solo de Noé
“Entre les molaires et l’angoisse de séparation, Noé se réveillait 5-6 fois par nuit. Seule avec lui, j’ai cru perdre la tête. J’ai consulté en PMI. La puéricultrice m’a aidée à tenir ma routine sans faille, même épuisée. Elle m’a aussi conseillé du paracétamol le soir pour les dents. En 4 semaines, retour à 1-2 réveils max. L’important : ne pas culpabiliser et demander de l’aide.”
FAQ : vos questions sur la régression des 15 mois
Est-ce vraiment une régression ou mon enfant teste-t-il les limites ?
Les deux en même temps. À 15 mois, votre enfant traverse une régression développementale ET découvre l’opposition. C’est ce cumul qui rend cette période si intense. Il ne fait pas “exprès” de mal dormir, mais il peut effectivement tester jusqu’où il peut négocier le coucher.
La clé : Comprendre que c’est involontaire, mais maintenir le cadre fermement et avec bienveillance.
Mon enfant réclame le biberon/sein la nuit alors qu’il ne le faisait plus, que faire ?
C’est une régression vers un comportement antérieur rassurant. Si vous le donnez, vous risquez de recréer une association sommeil-alimentation difficile à défaire.
Approche recommandée :
- Si vraiment détresse intense : donnez 1-2 nuits exceptionnellement
- Puis sevrage progressif : eau à la place, quantité réduite chaque nuit
- Compensation en journée : câlins, proximité, réassurance
Exception : Si poussée de croissance simultanée (rare à 15 mois mais possible), quelques nuits de tétées/biberons nocturnes peuvent être physiologiques.
Faut-il passer au lit de grand à 15 mois ?
Non, sauf situation particulière. Le passage au lit de grand se fait idéalement entre 2 et 3 ans, quand l’enfant exprime le désir de changer ou qu’il escalade systématiquement les barreaux.
À 15 mois : Le lit à barreaux offre un cadre rassurant dont il a besoin pendant cette période instable.
Exception : Si votre enfant se met en danger en escaladant, vous pouvez soit baisser le matelas au minimum, soit exceptionnellement passer à un matelas au sol temporairement.
La régression peut-elle durer plus de 6 semaines ?
Oui, mais ce n’est plus vraiment une régression. Au-delà de 6 semaines sans amélioration, on bascule dans un trouble du sommeil qui nécessite une évaluation professionnelle.
Facteurs prolongeant la régression :
- Cumul de plusieurs poussées dentaires successives
- Maladie intercurrente (otite, bronchite)
- Changement majeur dans l’environnement (déménagement, séparation parentale)
- Trouble sous-jacent non détecté (reflux, allergie, apnée)
Mon enfant dort chez les grands-parents/la nounou sans problème, pourquoi ?
C’est extrêmement fréquent et frustrant. Plusieurs explications :
- Absence d’historique : Chez les grands-parents, il n’y a pas de “bataille” antérieure, pas d’association négative
- Nouveauté : Le changement d’environnement peut paradoxalement apaiser
- Cadre différent : Peut-être que la routine/fermeté est différente
- Détachement émotionnel : Avec vous, il ressent tous ses affects intensément. Ailleurs, il se protège émotionnellement
Ce que ça signifie : Votre enfant se sent suffisamment en sécurité avec vous pour exprimer toute son anxiété. C’est un signe d’attachement sain, même si c’est épuisant.
Les écrans peuvent-ils aider à calmer avant le coucher ?
Non, absolument pas. Les écrans ont l’effet inverse de celui recherché :
- Stimulation visuelle intense qui retarde la production de mélatonine (hormone du sommeil)
- Sur-excitation cognitive
- Lumière bleue perturbant les rythmes circadiens
- Création d’une dépendance pour s’apaiser
Recommandations officielles : Aucun écran 2h avant le coucher (idéalement aucun avant 3 ans selon l’OMS).
Puis-je laisser pleurer mon enfant de 15 mois ?
Question complexe qui divise. Les méthodes de “laisser pleurer” (type Ferber) ne font pas consensus chez les professionnels.
Approche recommandée par la HAS :
- Ne pas ignorer les pleurs systématiquement
- Répondre pour évaluer le besoin (douleur ? peur ? inconfort ?)
- Rassurer de la voix d’abord sans forcément intervenir physiquement
- Accepter quelques minutes de pleurs si tous les besoins sont satisfaits et que votre présence maintient l’agitation
Le juste milieu : Ni abandon total, ni intervention constante. Observer, évaluer, répondre de manière adaptée.
Les méthodes type Montessori/cododo/portage favorisent-ils les régressions ?
Non. Les études ne montrent aucun lien entre ces pratiques et les régressions du sommeil, qui sont développementales.
Par contre :
- Le cododo peut compliquer l’apprentissage de l’endormissement autonome (mais ce n’est pas une régression, c’est un choix parental)
- Le portage excessif peut créer une dépendance au mouvement pour dormir
- L’approche Montessori (lit au sol, autonomie) peut être difficile à 15 mois si l’enfant se lève sans cesse
L’essentiel : Choisissez ce qui correspond à vos valeurs ET fonctionne pour votre famille. Aucune approche n’est “meilleure” universellement.
Mon couple souffre énormément, est-ce normal ?
Oui, malheureusement très courant. Les troubles du sommeil de l’enfant sont l’une des premières causes de tensions conjugales chez les jeunes parents.
Signaux d’alerte :
- Disputes fréquentes sur la “bonne” façon de gérer
- Reproches mutuels (“C’est parce que tu cèdes trop”)
- Évitement de l’intimité par épuisement
- Sentiment de faire équipe
Solutions :
- Répartition claire des nuits : 1 nuit sur 2, ou par tranches horaires
- Cohérence des approches : discutez EN DEHORS des crises pour vous aligner
- Temps de couple préservé même 30 min/semaine
- Consultation de couple si tensions majeures (ne pas attendre la rupture)
Rappel : Cette période est TEMPORAIRE. Ne prenez pas de décision lourde pendant cette phase.
Ressources fiables et soutien professionnel
Organismes de référence en France
Informations médicales :
- Santé Publique France : recommandations officielles sur le sommeil de l’enfant
- Ameli.fr : fiches pratiques Assurance Maladie
- Haute Autorité de Santé (HAS) : guidelines professionnels
- INSERM : recherches sur le sommeil et le développement
Soutien et accompagnement :
- PMI de votre secteur : consultations gratuites, puéricultrices
- Allô Parents Bébé : 0 800 00 3456 (gratuit, anonyme, 24h/24)
- Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236 (pour parents aussi)
Ressources internationales
- American Academy of Pediatrics : standards pédiatriques
- Sleep Foundation : recherche scientifique sur le sommeil
- NHS UK : service de santé britannique
Applications et outils pratiques
Suivi du sommeil :
- Baby Tracker : suivi des siestes, nuits, cycles
- Huckleberry : prédiction des fenêtres de sommeil optimales
Bruits blancs et berceuses :
- White Noise Baby
- Relax Melodies
Gestion parentale :
- Mindful Parenting : méditation pour parents épuisés
- Calm/Petit Bambou : relaxation et gestion du stress
Ce qu’il faut retenir : votre feuille de route
Les 3 piliers pour traverser la régression des 15 mois
1. COMPRENDRE : Ce n’est ni votre faute, ni un caprice. C’est une étape développementale normale et temporaire.
2. MAINTENIR : La routine est votre ancre. Même dans la tempête, gardez le cap.
3. S’ADAPTER : Avec souplesse, sans tout révolutionner. Petits ajustements, grandes différences.
Votre plan d’action en 5 points
✅ Routine du coucher immuable (même timing, mêmes étapes, chaque soir)
✅ Gérer la transition sieste si nécessaire (progressivement, sur 1-2 semaines)
✅ Rassurer l’angoisse de séparation (objet transitionnel, jeux de coucou en journée)
✅ Soulager les dents (froid, massage, paracétamol si nécessaire)
✅ Tenir le cadre (avec bienveillance mais fermeté sur les limites)
Quand consulter : le seuil des 6 semaines
Si au-delà de 6 semaines sans amélioration OU si symptômes inquiétants (perte de poids, fièvre, apathie), consultez rapidement.
Le message final : vous n’êtes pas seul
Cette régression des 15 mois est l’une des plus éprouvantes que traversent les parents. Elle cumule tellement de facteurs qu’elle peut sembler insurmontable.
Mais voici la vérité : Des milliers de parents passent par là chaque mois. Tous s’en sortent. Votre enfant aussi retrouvera le sommeil. Et vous retrouverez des nuits complètes.
Ce qui compte vraiment :
- Votre présence bienveillante vaut mieux qu’une méthode parfaite
- Votre cohérence rassure plus que mille solutions différentes
- Votre patience (envers vous-même aussi) est votre plus grande force
Ces réveils nocturnes qui semblent interminables ne sont qu’un passage vers une nouvelle étape. Chaque régression surmontée renforce le lien parent-enfant et la confiance mutuelle.
Dans quelques semaines, vous relirez ce guide en vous disant : “On a réussi.”
Et vous aurez raison.
Vous faites déjà un travail remarquable. Ces nuits difficiles ne définissent pas votre parentalité. Elles ne sont qu’un chapitre, pas le livre entier.
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